24.03.2007

Jamaican Blue Mountain Coffee

medium_Photo_030.jpgParmi les innombrables trésors offerts par la Jamaïque, il en est un que tous ceux pour qui une journée ne peut bien commencer sans en ingurgiter au moins une tasse connaissent bien. Je parle bien sûr du café. Mais pas n'importe lequel! Le Blue Mountain café qui, au dire des spécialistes (et je ne les contredit pas), est le meilleur et le plus recherché de ceux produits sur notre petite planète bleue. Cela, bien entendu, reste à l'appréciation de chacun. Par contre, là où tout le monde est d'accord, c'est qu'il s'agit du café le plus douloureux pour nos comptes en banque.
Alors, cette plante introduite en Jamaïque en 1730 par Sir Nicholas Lawes, gouverneur de la colonie de 1718 à 1722, pourquoi a-t'elle cette réputation?

medium_Photo_018.2.jpgIl faut savoir que le label Jamaican Blue Mountain Coffee est protégé mondialement et qu'il s'agit d'une marque déposée. Les principales conditions pour qu'un café obtienne cette appellation sont les suivantes:

- il doit être cultivé en Jamaïque, mais uniquement dans certaines régions .
- sa culture ne peut être faite qu'entre 3000 et 5500 pieds (entre 1000 et 1800 mètres) d'altitude. Le café bénéficie alors d'un sol extrêmement riche et d'une humidité importante (due à l'abondance des pluies), combinaison idéale pour sa croissance. Par contre, à cette altitude, l'exposition au soleil est souvent impossible du fait des brumes habillant couramment les pentes montagneuses. Conséquence directe, 10 mois sont nécessaires au café pour arriver à maturation (contre 5 pour les autres cafés).
- sa récolte se fait exclusivement à la main.

Ces astreintes en font un excellent café mais également un café rare (une seule récolte par an). Et, bien sûr, qui dit rare dit cher.

medium_Photo_966.jpgBref, vivant au beau milieu de sa zone de production, j'ai été pris par l'envie d'aller voir d'un peu plus près comment cela se passe.
Première surprise, j'ai appris que seule quelques compagnies possèdent des plantations. En fait (du moins dans la région), le café appartient à des petits fermiers qui le cultivent, le récoltent et le vendent à ces grosses compagnies qui, alors, l'exportent sous leur nom (principalement au Japon, grand amateur de café).
medium_Photo_970.jpgEn compagnie d'un ami du village, je me suis donc rendu dans sa plantation pour m'essayer à la cueillette des baies.
Les plants de café ont généralement une hauteur d'environ deux mètres. Les branches se présentent avec la majorité des feuilles à leur extrémité, les baies de café, par groupes de 5 ou 6 encerclant la branche, occupant l'espace entre les feuilles et le tronc.medium_Photo_972.jpg Le but du jeu est de cueillir les baies rouges uniquement mais, pour épicer un peu l'opération, sans arracher le tige qui les relient à la branche (une tige arrachée signifie une baie de moins lors de la récolte suivante). Mission délicate et certainement plus compliquée que ce que je pensais au premier abord. Les plants poussant sur des pentes escarpées, l'opération est rendue encore plus difficile, nous obligeant à maîtriser tant les talents d'un contorsionniste que ceux d'un équilibriste. Après plus d'une heure de dur labeur, force m'était de constater que je préfére très nettement le café liquide, noir et chaud dans ma tasse que rouge, dur et froid dans mon sac, celui ne se remplissant désespérément pas...medium_Photo_967.jpg Quand je pense que les saisonniers qui viennent pour la récolte remplissent 6 ou 7 de ces sacs de 5 kilos par jour...
Pour chaque sac rempli, le travailleur est payé 500$ (6€) par le propriétaire de la plantation qui, lui, vend chacun de ces sacs 3000$ (40$) aux grandes compagnies qui s'occupent alors de la torréfaction des baies avant de pouvoir enfin les exporter sous le tant recherché label Jamaican Blue Mountain Coffee.

Si vous désirez en savoir plus sur le meilleur café du monde, c'est par ici.

07.05.2006

Les Maroons et leur reine, Nanny


podcast

En 1670, la Jamaïque, jusque là espagnole, passe aux mains des anglais. medium_cockpitcountry.jpgUne période de troubles s'installe et un certain nombre d'esclaves, quand ils ne sont pas libérés par leurs maîtres espagnols refusant de les voir devenir des biens britanniques, en profitent pour prendre la fuite. Ils se réfugient dans le Cockpit Country, région centrale de l'île, réputée sauvage et impénetrable. Ils s'organisent en villages et, de là, mènent des raids contre les plantations anglaises, brûlent les champs, volent le bétail pour disparaître à nouveau dans l'inextricable végétation de la région et rejoindre leur quartier-général, Nanny Town, un village particulièrement bien protégé.
medium_ccj_photo01.jpgPetit à petit ils sont rejoints par d'autres esclaves en fuite, de plus en plus nombreux. La confiance règne, ils se sentent invulnérables. En effet, ils connaissent la région par coeur, sont habitués à l'humidité étouffante et aux averses de pluie fréquentes. Les troupes britanniques envoyées dans la région ne peuvent lutter contre les Maroons qui les attendent, immobiles et camouflés dans la végétation luxuriante, avant de fondre dessus, les empêchant de tirer parti de leurs armes et de retourner se perdre tout aussitôt dans l'enfer vert... Même les chiens pisteurs des anglais ne leur sont d'aucune utilité...
medium_100olymp-p6260157_p6260157.jpgIrrités par cette situation, les britanniques veulent mettre fin à cette guerre de guérilla. Ils tentent d'offrir des terres aux anciens esclaves contre leur reddition, mais en vain... Des révolutions éclatent à divers points de la Jamaïque et les rebelles rejoignent à leur tour les rangs des Maroons... Menés par le général Cudjoe, ils mènent ce qu'on appellera la première guerre des Maroons.
Celà ne peut plus durer. En 1734, les anglais, accompagnés d' indiens et de chiens de guerre, arrivent en vue de Nanny Town. La défense est farouche et il leur faudra faire usage de leurs canons pour finalement faire plier la résistance des insurgés. Beaucoup de ceux-ci préfèrent mettre fin à leurs jours plutôt que de se rendre.
En 1739, Cudjoe signe, avec le colonel Guthrie, représentant anglais, un traité accordant aux Maroons 600ha de terres et une certaine autonomie. En échange ils devront refuser d'aider d'éventuels esclaves en fuite et surtout participer à leur capture...

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Sur ces nouvelles terres, ils fondent Mooretown. Cudjoe est nommé commandant, statut qui lui donne le pouvoir juridique sur tout délit ne méritant pas la peine capitale.
medium_nanny_town.3.jpgNaissent alors les premières bases d'une culture de résistance face à celle du colonisateur: nouvelles religions, retour aux racines africaines, langue différente, musique traditionnelle,... On voit donc apparaître le vaudou, le patois ou les balbutiements de la musique jamaïcaine...

De nos jours, ces communautés existent toujours et jouissent de la même autonomie. Et elles sont toujours dirigées par un commandant.


Nanny, la reine des Maroons

Née vers 1680 en Afrique, certains prétendent que Nanny aurait été de sang royal.

medium_queen.jpgLassée des conditions de vie sur les plantations, avide de liberté, elle s'enfuit rapidement, accompagnée de ses 5 frères dont l'un n'est autre que Cudjoe, le futur meneur des Maroons.
Véritable génie militaire, meneuse d'hommes, c'est elle qui prône le principe de la guerre de guérilla. Ses connaissances des herbes et de leurs effets pousse la légende à lui prêter des pouvoirs magiques.
Elle refuse de signer le traité de paix de 1739, ne pouvant se résoudre à pourchasser les esclaves fugitifs. Mais, par respect pour ses compagnons, lassés de combattre sans fin, elle accepte néanmoins une trêve avec les anglais.
Elle meurt vers 1750 et fait partie des 7 Heros Nationaux jamaïcains.

01.05.2006

Tacky

L'histoire se passe le dimanche de Pâques 1760 dans le Parish (département) de St Ann, sur la côte nord de la Jamaïque. medium_port_maria_view_provided_by_dr_john_demercado.jpg
Elle met en scène Tacky, chef de tribu en Guinée avant de se retrouver esclave dans une plantation jamaïcaine. Son poste de contremaître dans la plantation lui permet de mettre au point un plan afin de recouvrer la liberté.

A l'aube de ce funeste dimanche, suivi par quelques fidèles, Tacky tue ses maîtres pendant leur sommeil et rapidement met à sac la propriété en se débarrassant de tous ceux qui lui opposent une résistance. Grisés par cette facile victoire, ils se dirigent vers le Fort Haldane où sont stockées les munitions destinées à défendre la ville de Port Maria. Après s'être débarrassés des gardes, ils mettent la main sur quatre barils de poudre et une quarantaine de fusils. Très vite rejoints par plusieurs centaines d'esclaves ayant eu vent de la révolte, le groupe s'empare de plusieurs plantations environnantes. Quelques obeah-men, des sorciers, font circuler une poudre qui, selon eux, protège les combattants et les empêche de se faire tuer...
Entretemps, un esclave d'une des plantations occupées, s'enfuit pour donner l'alarme. Et bientôt une troupe de 80 cavaliers accompagnés de Maroons (anciens esclaves révoltés et vivant dans le Cockpit country, région du nord-ouest de l'île. Ils jouissent d'une certaine indépendance mais sont tenus, entr'autres, d'aider les anglais à mater toute révolte d'esclaves) arrivent sur les lieux.medium_rebellion.3.jpg Les anglais, à qui l'ont rapporte les propos des sorciers, s'emparent d'un des révoltés et le pendent à un endroit visible du retranchement rebelle. Très vite, beaucoup de ceux-ci, ébranlés, s'enfuient et vont rejoindre leurs plantations. Seuls Tacky et une trentaine de proches décident de se battre jusqu'au bout. Ils prennent la fuite dans les bois, pourchassés par les Maroons, menés par Davy, un tireur hors-pair. Ce dernier a Tacky dans sa ligne de mire, tire et fait mouche. Il coupe la tête de l'homme abattu pour prouver son exploit et toucher la prime... Les insurgés restant se réfugient dans une grotte avoisinante...et décident de mettre fin à leurs jours plutôt que de se faire prendre.
La tête de Tacky sera exposée sur une place de Spanish Town avant d'être subtilisée durant la nuit par un des rares survivants de la rebellion.
Partout dans le pays, des émeutes et révoltes éclatent suite à ces évenements et il faudra près de 6 mois à l'autorité britannique pour rétablir le calme.
Au total 60 blancs et plus de 400 esclaves auront perdu la vie au cours de la Tacky's Rebellion.

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